Les bonnes manières

Les bonnes manières

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Dans la mesure où journellement, ici, sur 50plus, nous sommes confrontées à une impolitesse parfois effarante, nous avons planché sur ce thème. Certains membres, malheureusement nombreux,  s’adressent à nous sur le support, sans bonjour ni bonsoir, ni s'il vous plaît. ni merci. Ils emploient souvent un ton extrêmement désagréable, qui dénote un mépris flagrant pour notre travail. Sans parler des dérapages dans les forums, les blogs, les chats et les messages personnels. Pendant des siècles les règles de politesse étaient primordiales dans la vie en société. On parlait de « bonne éducation ». En Mai 68 la politesse est considérée comme un joug, voire même une hypocrisie sociale, dont il faut se libérer au profit de l‘ authenticité.

 

Retour  des bonnes manières ?

Une quarantaine d’années plus tard, nous les voyons timidement revenir. Elles ne sont plus ringardes. Toutefois on emploie le moins possible le mot politesse, on parle du „vivre ensemble“.  Le terme « bonnes manières » revient à la mode. Les guides sur le sujet se vendent très bien. Les sites d'éducation pour parents et enfants font florès. Le cafetier qui propose 3 prix pour le café selon la manière dont le client passe la commande : „un café“  7 €, „un café s’il vous plaît “ 4,25 €, „bonjour, un café s’il vous plaît“ 1,25 € fait un tabac sur les réseaux sociaux. Pour les internautes, nous trouvons sur Google la «netiquette», un guide des bonnes manières à l'usage du web où l'on nous dit par exemple qu' écrire en lettres majuscules « peut donner au destinataire le sentiment qu'on lui crie dessus ».

 

Une politesse minimum

 «On assiste effectivement à un certain retour du balancier », nous dit Bertrand Buffon,  auteur d'un essai intitulé Le Goût de la politesse. « Face à la montée des incivilités - un terme étrange, précise-t-il, qui évite de parler de la disparition de la politesse -, on a pris conscience que l'homme, naturellement sociable, avait besoin de la politesse pour être heureux et s'épanouir. » Mais si retour de la politesse il y a, il s'agit d'un retour à une politesse « minimale », précise-t-il. « On n'a jamais totalement abandonné la politesse, mais il y a des périodes de l'histoire où elle a plus d'importance que d'autres, observe Dominique Picard, psychosociologue et auteur de deux livres sur le sujet. Dans une période de grande instabilité face à l'avenir, on en a d'autant plus besoin. » « La politesse en effet, explique-t elle, c'est d'un côté un système de règles un peu formel (comment on pose sa fourchette, quels mots dire pour se saluer...). Mais dans son fondement, c'est l'huile qu'on met dans les rouages des relations sociales, c'est ce qui permet de vivre ensemble dans le respect de l'autre, de façon à ce que tout le monde ait sa place. On sait bien que vivre dans la spontanéité n'est pas viable. „Quand on se lève le matin de mauvaise humeur, on ne peut pas dire à son voisin qui nous dit bonjour dans l'escalier : fichez-moi la paix ! »

 

Le respect du territoire et de l'intimité des autres

 On apprend à un enfant à faire la différence entre un salut à ses copains et un aux adultes. La politesse inclut aussi le respect du territoire et de l'intimité de l'autre : c'est par tact qu'on frappe avant d'entrer dans une chambre ou un bureau. « Ces règles ont pour fondement, résume Dominique Picard, de permettre aux gens de vivre ensemble dans le respect mutuel, sans les mettre dans l'embarras, ni mal à l'aise. » La société continue à les transmettre, mais de manière très variable selon les familles et les groupes sociaux. Car, dans une société où cohabitent de nombreuses « micro-cultures », il est n’est pas évident de trouver des codes universels. La tenue à table est un bon exemple : Dans certaines familles, on la prône, dans d’autres, elle ne joue aucun rôle. Il y a aussi une attitude intermédiaire. En Suède par exemple, les enfants sont rois et leurs manières déplorables. Or devenus adultes, ils ont compris ce que le respect des autres voulait dire et ils se conduisent de manière exemplaire.

 

Quelles  règles de politesse ?

Ne pas avoir de codes communs intergénérationnels a pour conséquence l‘incompréhension, les tensions. Les jeunes disent « les vieux ne nous respectent pas » et les aînés « les enfants ne sont pas polis ». Il n‘est pas facile dans une société où l'individu est en premier plan, où chacun revendique sa spécificité, de trouver et de se plier à des règles communes. Or, si on se demande ce qu’est la politesse, on constate que ce qui est primordial c’est de se „respecter soi-même, respecter l'autre, privilégier la convivialité sur le besoin personnel. » En résumé il est donc essentiel que ces « règles profondes » auxquelles la politesse obéit soient connues et communes. Au-delà de la diversité des codes, ce sont ces principes fondamentaux de la politesse qu'il est important d’appliquer. N’oublions pas que les bonnes manières mettent du liant dans nos rapports et sont indispensables à la réussite sociale. Un malotru qui bâfre dans les repas d’affaire et claque la porte aux nez des collègues fera difficilement carrière. Par contre une personne polie et souriante aura toutes ses chances.

Quelles réflexions vous inspire ce sujet qui nous concerne tous ?

 

Photo © Fotalia – Auteur : Bobb Kissourski

Betty_Nelly, 05/02/2016