L’hypersensibilité : un trop-plein d’émotions

L’hypersensibilité : un trop-plein d’émotions

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Toujours à fleur de peau ? Vos sens sont décuplés ? L'hypersensibilité est un trait de caractère qui correspond à une sensibilité plus haute que la moyenne. Elle peut être émotionnelle, sensorielle, olfactive, auditive, immédiate ou retardée. Quelles en sont les caractéristiques et les causes ? Viendrait-elle de nos gènes ? Est-elle due à notre environnement ? Comme l’explique la psychologue Nathalie Clobert, « comme pour la plupart des traits de caractère, vous avez une prédisposition à l’hypersensibilité, puis un environnement ou une histoire personnelle vont plus ou moins l’affirmer. » Comment gérer cette hypersensibilité et exploiter cette qualité qui mérite d’être valorisée ?  Creusons un peu.

 

L’hypersensibilité et ses variantes

L'hypersensibilité se manifeste par une sensibilité extrême au monde qui nous entoure : on vit les choses de manière beaucoup plus intense que la plupart des gens et on réagit fortement aux stimulis émotionnels puisque l'on appréhende le monde à travers ses émotions. « Les ressentis et perceptions sont décuplées. L'hypersensible est très réceptif à ce qui l'entoure. Les gens hypersensibles sont très doux, très raffinés, et ils évoluent généralement dans des milieux créatifs », affirme Valérie Grumelin-Halimi, thérapeute comportementaliste. L'hypersensibilité sensorielle a trait au toucher, un simple effleurement peut gêner la personne hypersensible et atteindre tous ses sens, elle est à fleur de peau et le moindre toucher va lui aiguiser tous ses sens.  Comme son nom l'indique, l'hypersensibilité immédiate se déclenche tout de suite tandis que l'hypersensibilité retardée retentit après coup. Par exemple, on regarde les informations et cela nous coupe l'appétit. Dans l'hypersensibilité retardée, ce qui nous touche va faire écho à un événement passé enfoui dans la mémoire sensorielle et ainsi nous replonger dans une espèce de dépression.  L'hypersensibilité olfactive traduit quant à elle une sensibilité extrême aux odeurs. Qu’elles nous plaisent ou nous déplaisent, elles nous font revivre une période de la vie. Enfin, appelée hyperacousie, l'hypersensibilité auditive se caractérise par une intolérance à certains sons. Elle peut être innée ou se développer à la suite d'un choc émotionnel ou d'un stress post-traumatique. 

 

Caractéristiques et causes

Une personne hypersensible est souvent quelqu'un de délicat et de très empathique avec tout ce qui l'entoure. Tout la touche, peut la réjouir ou la rendre triste. C'est une véritable éponge émotionnelle. Ce trait de personnalité peut venir de l'éducation. Il peut s'agir de quelque chose qui s'est passé pendant la toute petite enfance, voire même pendant la grossesse puisqu’au cours de la période intra-utérine, l'enfant passe neuf mois à être une éponge émotionnelle dans le ventre de sa mère, et les émotions de celle-ci impactent le fœtus. Autre exemple : un enfant surdoué. Il a des capacités visuelles, olfactives, gustatives, auditives et kinesthésiques hors norme. Il perçoit et analyse tout dans les moindres détails, ressent les choses avec intensité, ce qui peut malheureusement le fragiliser dans son rapport aux autres. Enfin, si vous sentez que l’émotion vous dépasse, par exemple un évènement qui vous cause une émotion trop forte, ne la réprimez pas.  « Revenez dans votre corps, centrez-vous sur votre ressenti », préconise Charlotte Wils, psychopraticienne. Elle conseille de penser au quotidien, de se réserver des moments de calme, dans sa bulle, pour se reposer.

 

Accepter son hypersensibilité, exploiter cette qualité

Que faire pour contrôler cette hypersensibilité émotionnelle ? Vivre intensément ses émotions et ses sensations n’est ni un défaut, ni une faiblesse. Mais certaines situations peuvent être difficiles à supporter, lorsque vous vous trouvez débordé(e) par votre ressenti. Charlotte Wils utilise dans ses thérapies par exemple des outils de coaching, de PNL (programmation neurolinguistique). Elle conseille dans un premier temps de reconnaître votre différence afin de vous soulager en essayant d’arrêter de vous conformer aux autres. Une fois que vous aurez accueilli ce trait de caractère, elle recommande d’en faire un atout dans votre quotidien professionnel, social et familial. Loin d’être un handicap, l'hypersensibilité vous donne des qualités à exploiter. Par exemple, vous êtes plus attentif(ve) aux détails, peut-être disposez-vous de talents artistiques. Doué(e) d’empathie, vous pouvez exceller dans les métiers de la psychologie, des arts plastiques ou encore du commerce. Vous avez également une forte capacité à bien cerner les gens, ce qui vous permet de vous entourer de personnes enrichissantes et de vous débarrasser des plus nuisibles. Pour apprendre à gérer votre hypersensibilité si cette dernière altère votre quotidien, vous pouvez, pourquoi pas, consulter un psychologue. Ce dernier vous aidera à déterminer si votre hypersensibilité est traumatique ou réflexe etc.  En attendant, les spécialistes préconisent de prendre de la distance dès lors que l'on sent que l'on est en train d'absorber les émotions des autres et que cela nous touche. On peut également s'auto-discipliner en pratiquant des activités qui aident à mieux gérer nos émotions tels que la méditation, le yoga ou encore faire du sport pour évacuer le stress. 

 

Vous reconnaissez-vous dans les thèmes abordés ? Considérez-vous votre trop-plein d’émotions comme un atout ou plutôt comme une source de souffrance ? Vos témoignages nous intéressent !

 

 

Photo © Adobe – Auteur : agsandrew 

 

 

Betty_Nelly, 06/24/2021

Chlorophylla
0 | 07/02/2021, 18:05

Bonjour Betty, toutes & tous,

En lisant votre article, je m'aperçois que je fais partie des "hypersensibles" (!!!). Au fil du temps, je me sens davantage "très sensible", sans plus ... Les odeurs, les ambiances, les sons, ...

Il est vrai qu'au moindre petit excès, je rentre dans ma bulle, ou je tourne les talons (tenter d'expliquer est parfois vain ...). Comme je fais avec depuis toujours, cela fait finalement partie de ma personnalité. Que cela plaise ou non ! D'autant que je ne cherche nullement à avoir sept milliards d'amis ...

Je pense que, à l'inverse, manquer plus que de raison de sensibilité est potentiellement plus handicapant. Et plus invivable pour l'entourage aussi.

AMELIE97
2 | 06/27/2021, 06:25

Rhodia, tu as dû énormément souffrir. La famille qui nous dit "folle" "mauvais caractère" "on ne te comprend pas" et bien il faut la fuir. Mais aussi tout ce que tu as fait d'apaisant est bon et moi aussi j'ai trouvé , une fois seule, et à la retraite des moyens efficaces d'apaisement et de moyens préventifs aussi : cohérence cardiaque, taï chi , natation, aquagym, et j'avais eu la chance aussi de trouver dans mon métier une canalisation de mon énergie qui ne soit pas sans cesse contrariée .
C'était toujours en face de mes plus proches et aînés que cela se passait le plus mal car ils connaissaient de près mes points faibles et comme là je n'étais pas en situation d'examen avec des étrangers, et bien cela tournait vite au drame. Je n'ai jamais pris un/e psychologue pour ce genre de problème, bien que j'aie trouvé de l'empathie souvent (pas toujours...) et que j'ai fini par ne plus vouloir de psychologue mais un psychiatre qui lui a une telle connaissance que je peux lui faire confiance et y puiser de la force pour mieux me comprendre.
Mais il y a d'autres facteurs physiologiques qui jouent : la thyroïde, par exemple. Mon endocrino me dit : faites vous enlever totalement la thyroïde car j'en ai assez que selon votre humeur vous soyez soit en hyper soit en hypothyroïdie. J'ai eu une ablation "subtotale" comme beaucoup il y a une trentaine d'années. Et bien, je ne suis pas prête, figurez-vous. Voilà t - il pas que je me suis rendu compte que je tenais justement à préserver cet état fluctuant . Comme le dit Dokkaz, il est propice à de belles choses : l'écriture, l'art, et surtout ce plaisir que je ressens tellement de faire plaisir aux autres en leur faisant découvrir les ressources de notre patrimoine ou de notre culture.
Car si j'aime être seule, j'adore en ces moments de solitude préparer pour mes groupes une sortie enrichissante. Mais aussi, d'être très attentive aux malades (la dengue fait des ravages) , aux accidentés (ici les rando et la route sont très propices aux accidents), à ma soeur qui est en Ehpad et qui continue à m'asséner, par habitude, des blessures (mais n'est-elle pas dans une souffrance telle que j'en pleure autant pour moi que pour elle) bref, je me suis toujours sentie solidaire de la chair des miens, de leurs souffrances, et même si je n'arrivais pas à leur apporter le meilleur qu'ils attendaient ou désespéraient de moi.
Je crois aussi que cet état de sensibilité/émotivité fait que on me souhaite, et que malgré le divorce , je n'ai pas rompu, bien au contraire... je suis "la personne de confiance" de mon ex mari... Ainsi, cet extrême état de déséquilibre je dirais sensoriel, sensitif, émotionnel plus que sensible, est un atout considérable de nous sentir vivre pour que les autres en vivent. Attention, il n'y a aucune mortification dans ce que je dis. Je reconnais seulement que du pourquoi je suis ainsi pas vraiment élucidé (car serais-je mieux sans du tout de thyroïde, pas sûr du tout... la parole médicale n'est pas omniscience ), j'en viens aux comment (s) faire pour être enfin qui je peux être le mieux possible en respectant ma part de mystère comme celle de tout être...
Car cela me permet aussi de mieux aimer, pas seulement ma petite personne mais aussi cette humanité familiale, héréditaire, à venir, et aussi bien évidemment toute celle amicale à des degrés divers.

RHODIA34
5 | 06/25/2021, 18:19

Je viens de lire cet article et je remercie chaleureusement Betty Nelly de l'avoir écrit. Il est très instructif. Je viens d'ouvrir les yeux sur moi-même, sur celle que je suis depuis ma plus tendre enfance. Oui, je reconnais être hypersensible. Oui, je me retrouve en tous points dans toutes les réactions, attitudes et comportements décrits ici par chacun de vous. Effectivement et sans en avoir eu parfaitement conscience jusqu'à ce que je tombe sur cet article, de tout temps, persuadée que j'étais atteinte d'une grande timidité et que c'était incurable, j'ai vécu avec résignation dans l'ombre, voire de soumission (mais ce n'était qu'apparence pour avoir la paix) de tous ceux de mon entourage (parents, frère et soeurs, mari, enfant, patrons, amis ... bref, de toute personne qui manifestait une certaine ascendance, voire d'emprise sur moi). De l'enfance à l'adolescence, je souffre en silence ; je me cache pour me retrouver seule, sans personne autour ; je pleure la nuit quand je me retrouve seule dans mon lit. A l'âge adulte, au lieu de me taire ou de m'enfuir comme avant, je me révolte avec une brutalité soudaine, dépourvue de tout contrôle et de maîtrise, contre tout ce que je ne tolère pas parce que je n'admets pas et refuse catégoriquement que quiconque puisse prendre la liberté de porter atteinte à ma dignité, à mon honneur (injustice, violence (verbale surtout) gratuite, hypocrisie, médisance, etc ...). Telle une cocotte minute sous pression, la virulence de ma réaction imprévisible déroutait constamment mon entourage; On me disait "ASSOCIABLE" ; "MAUVAIS CARACTERE" ; "FOLLE"... "ON NE TE COMPREND PAS" ... "EXPRIME-TOI" ! Aujourd'hui, parvenue à un âge bien avancé, je réalise que je me soigne sans le savoir. D'abord, après m'être imposée volontairement, pendant SEPT longues années, une vie de recluse (véritable ermite), j'ai voulu fuir, rejeter le contact du monde extérieur, me refermer sur moi-même. Puis, petit à petit, je parviens à vaincre l'agoraphobie qui m'habite. Maintenant, bien qu'étant encore enfermée dans ma solitude, avec la pratique de mes activités au quotidien (gym douce, nation, Qui Qong, lectures ... + nombre de divertissement dont maintenant, abonnement et présence au Club 50+) je crois bien que j'ai bel et bien combattu mon mal être parce que j'ai pris la ferme décision de m'accepter désormais telle que je suis véritablement ; de refuser de me regarder dans les yeux des autres pour être celle qu'ils veulent que je sois.
DOKKAZ, Regarde. Est-ce qu'il n'y aurait pas là une certaine similitude qui nous rapprocherait !?
Gratitude Betty Kelly. Grand merci à vous pour vos témoignages poignants.
Rhodia.

Dokkaz
5 | 06/25/2021, 10:44

Oui c'est très perturbant :
- de savoir quand on nous ment
- de savoir quand on nous joue la comédie
- d'avoir mal de trop d'empathie
- de s'isoler pour ne plus avoir de tels ressentis.

L'art est un excellent dérivatif. L'écriture m'a délivrée, la peinture m'a remplie de joie.

Amélie, j'étais très émotive lorsque j'étais enfant, les adultes me faisaient peur et si l'un d'eux m'adressait la parole, je ne savais pas répondre, je rentrais ma tête dans mes épaules et je baissais les yeux.

AntoineMichel, les larmes sont salvatrices, elles libèrent.

Marie, j'ai toujours refusé de voir un psychologue. Pour moi, c'est vouloir me guérir de ce que je suis. C'est sûrement une idée erronée, c'est juste la mienne.

Bonne journée à toutes et à tous.

AMELIE97
6 | 06/24/2021, 13:15

Je dis que je suis hyper émotive ; je n'ai jamais dit que j'étais hyper sensible. Là dans cet article, il me semble qu'il y a un mélange des deux états qui sont pourtant différents. L'hyper émotivité c'est ce qui m'a sans cesse fait rater mes oraux et mes épreuves pratiques en situation d'examen ; je ne suis pas capable de m'en rendre compte moi--même ; ce sont les autres qui me la signalent car il paraît que je rougis et pâlis tant que dure la confrontation ; je sais que je suis en état second intérieurement comme si j'étais double et que je me bats pour tenir dans cette situation inconfortable d'actant se voyant acteur et se jugeant tout en continuant à agir presque mécaniquement ; au fil des années, cela s'est transformé en sensation d'impuissance et j'ai des malaises vagaux. Au grand siècle, j'aurais pu être la dame qui tombait en pâmoison... Bref, je me moquais de ce défaut, je m'agaçais d'être comme ça ; maintenant, c'est devenu un motif sérieux d'éviter d'être en groupe lorsqu'un effort m'attend. Mais je me méfie de moi-même et ne suis pas du tout tendre avec moi après ces constats de trouble.
Maintenant l'hypersensibilité : cela fait que je ne tiens pas du tout face à quelqu'un qui veut jouer de l'autorité face à moi, je vais rapidement présenter des excuses et même de trop, ou céder sur ce qu'on me demande. En fait c'est comme si je me retrouvais face à ma mère.
Mais est-ce que je suis dans le sujet , oui ou non ? ça je n'en sais rien.
Autre aspect de cette hyper émotivité ou hyper sensibilité spéciale : le fait de sentir la mort approcher pour quelqu'un que je connais connu ou que j'ai connu. Pendant des années et des années, je ne comprenais pas. Ce n'est que parce que ce malaise intérieur s'est répété et aboutissait à apprendre la mort d'une personne ou de plusieurs personnes accidentellement que j'ai fait la relation, mais je me suis tue pendant longtemps car je ne voulais pas passer pour dingue ou trouble-fête.
Mais là aussi s'agit-il bien du sujet ?

Antoinemichel
4 | 06/24/2021, 13:00

Tres gros problème pour,d'autant plus que je n'exprime guerre mon ressenti,je compense par la peinture,la sculpture,le travail,et parfois des pleurs (pas honte de le dire) mais cela reste temporaire,bref une certaine souffrance oui....

Marie93
9 | 06/24/2021, 12:21

Cette hypersensibilité me perturbe encore beaucoup.

Comme DOKKAZ, tout est intégré, chaque parole reste ancrée. Chaque geste de l'autre peut me chagriner et je deviens une huitre....

La PNL, je l'ai beaucoup pratiquée, surtout dans le cadre du travail et ça marchait plutôt bien, mais les relations professionnelles sont plus simples, il n'y a que peu d'affect.

Les séances de psychologie, m'ont certes aidée, mais je resterai jusqu'à la fin de ma vie, cette femme hypersensible et empathique à l’extrême.

Dokkaz
9 | 06/24/2021, 11:41

Bonjour Betty_Nelly,

Un sujet qui me tient à coeur, la lecture de certains livres m'ont appris que je n'étais pas folle, oufff... J'ai eu l'impression de porter la souffrance du monde sur mes épaules pendant des années, et c'est l'écriture de mes ressentis qui m'ont libérée et j'ai pu gérer tout ça.

Quand je rencontre de nouvelles personnes, ou lorsque je discute, j'ingère le tout sans y penser, puis tout revient avec une analyse très affûtée, et ce bien malgré moi.

Ce qui me rendait faible autrefois, parce que je ne le comprenais pas, j'en ai fait une force, un atout, même si cette lucidité me gêne parfois.

Bonne journée.