Le dégoût

Le dégoût

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Le dégoût est un ressenti de nausée qui provient de la perspective de quelque chose qu’il nous est impossible d’ingérer, au sens propre comme au sens figuré du terme. Souvent associé à l’alimentation, il peut s’agir d’une saveur rebutante, d’une odeur nauséabonde ou d’une vision répugnante.  Mais une idée ou un comportement ignoble, comme se voir par exemple imposer de faire quelque chose contre son gré ou encore être victime d’une injustice, contribue également à susciter en nous du dégoût. Dans cet article, nous aborderons quelques aspects de ce sentiment négatif : son utilité, sa dimension éthique, mais également son omniprésence dans le domaine médical ou encore le caractère fascinant que lui trouvent certains artistes.

 

En quoi le dégoût est-il utile ?

Selon Valérie Curtis, enseignante à l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, le dégoût « est notre quotidien. Il détermine la proximité que l’on va avoir avec autrui. Il détermine qui l’on embrassera, avec qui l’on sortira, auprès de qui l’on va s’assoir. Il détermine aussi qui l’on va fuir ». A l’origine, le dégoût permet effectivement de nous protéger de diverses maladies ou infections et agit comme un mécanisme de défense. En effet, en étant dégoûté par une viande avariée, on ne va pas la consommer, et par conséquent éviter une potentielle intoxication alimentaire. Le dégoût est également utilisé afin de sensibiliser les personnes aux règles élémentaires d’hygiène. En leur montrant la vitesse de propagation des bactéries, on incite les individus à se laver plus régulièrement les mains. Dans ce contexte, le dégoût est utilisé à bon escient dans le cadre de campagnes de santé publique comme par exemple en Inde, où l’objectif est d’encourager le lavage des mains dans les petits villages et de faire comprendre que ce geste peut sauver des vies. 

 

La dimension éthique du dégoût

 Le dégoût est une émotion qui pèse inévitablement dans les interactions humaines car ce que les gens considèrent comme dégoûtant correspond souvent à ce qu’ils jugent immoral. Dans ce cas le dégoût est une réponse à une situation ou un acte contraire à notre système de valeurs. Il nous pousse à rejeter la situation ou la personne à l’origine de notre écœurement afin de ne pas y être assimilé/confronté.  Écouter le dégoût revient à mieux définir ses besoins, à accepter ou pas une situation, à se rapprocher d’une personne ou à s’en éloigner. Le dégoût agit alors comme une sorte d’alerte. Vous êtes victime d'une injustice, cela vous laisse un goût amer dans la bouche, n’est-ce pas ? Cette métaphore confirme bien qu'il existe un lien entre le dégoût moral et la forme plus primitive de dégoût provoquée par un aliment désagréable.

 

Le dégoût dans le milieu médical

L'ethnologue Christiane Vollaire raconte dans son livre intitulé « Le tabou du dégoût » l’expérience du dégoût vécue quotidiennement par le personnel médical et soignant et qui apparaît comme une constante dans le rapport sensoriel à la maladie et aux formes de la dégradation des corps. Selon elle, le dégoût fait l’objet d’un véritable tabou dans le corps médical, qui contribuerait à renforcer l’émotion répulsive plutôt que de l’atténuer. Car la répulsion suscitée par le dégoût (à l’égard de certaines maladies, de corps mutilés ou en état de putréfaction) fait l’objet de honte de la part de celui qui l’éprouve. De ce fait, l’épreuve du dégoût est difficilement communiquée. Ce n’est pourtant qu’en commençant par le surmonter, et en quelque sorte par en faire abstraction, que les anatomistes peuvent pratiquer la dissection, les médecins légistes leur travail d’expertise etc.

 

Le dégoût dans l’art contemporain

Le dégoût est un sentiment négatif, une perception sensorielle dérangeante qui suscite une réaction de fuite ou de rejet. Malgré la répulsion qu’il provoque, quelque chose dans le dégoût fascine les artistes qui s’efforcent de faire naître une émotion esthétique de ce qui au départ révulse. Ainsi la photographe Elinor Carruci, est l’une des premières à avoir photographié son sang menstruel dans les années 90. Toujours sur le même thème, Valérie Rosz, une photographe québécoise, a mis en ligne une œuvre de sa série « flux instinctif libre », une photo où l’on peut voir une petite culotte tachée de sang menstruel. L’artiste belge Wim Delvoye, cherche à se servir de l’émotion corporelle liée au répugnant en l’inscrivant dans le cadre d’une culture. À travers son œuvre « Cloaca », réalisée en 2000, il expose une machine qui reproduit mécaniquement et chimiquement le processus de la digestion, jusqu’à la défécation. Intentionnellement Delvoye provoque ici le dégoût, par la visibilité, rendue possible par la machine, du travail intestinal. Il va encore plus loin en faisant émerger, dans la salle d’exposition l’odeur qui accompagne le processus : ainsi il renvoie le spectateur à l’expérience intime de son propre vécu corporel et incite ce dernier à mieux « accepter » la vérité de son propre corps.

 

Le dégoût est quelque chose de très subjectif.  Que vous évoque ce thème ?  Vos avis nous intéressent.

 

Photo © Fotolia – Auteur : Olly

Betty_Nelly, 04/05/2018

carard
0 | 04/05/2018, 19:40

J'ai beaucoup de dégoût pour ceux qui me rotent en pleine figure, ceux qui sont condescendants, prétentieux et beaucoup d'autres choses...
Donc, le dégoût pour les odeurs, les tueries d'animaux, de personnes et j'en passe...
Le dégoût fait partie de notre vie, je pense. C'est un sentiment, me semble-t-il.

lisa172
0 | 04/05/2018, 14:01

Bonjour ,
Je ne suis pas trop atteinte par ce sentiment de dégoût , peut être en raison de mon milieu social .Mes parents avaient une ferme et toute jeune j'ai vu les actes sexuels des animaux , ai été confrontée à leur mode de vie .Pas questions de rechigner! Par contre , en aucun cas , je n'aurais voulu être confrontée toute une vie à cet univers qui de plus demande une force que je ne me sentais pas avoir ,: j'ai choisi une autre voie
Bon AM
DL