La nostalgie dans tous ses états

La nostalgie dans tous ses états

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Le mal du pays ou le regret des temps passés sont des sentiments auxquels on associe souvent la nostalgie. Pourtant cette dernière peut provoquer également des sensations agréables voire réconfortantes : un moyen de mettre en valeur son passé et de le partager.  Le domaine des arts se nourrit lui aussi volontiers de la célébration du passé.  Par ailleurs les périodes de crise économique peuvent pour certains entretenir la nostalgie du temps passé. Mais était-ce vraiment mieux avant ?

 

Un peu d’histoire

En 1688, Johannes Hofer, un médecin alsacien, décrit dans une thèse un mal dénommé « nostalgie », une formulation scientifique du « Heimweh », le mal du pays, faisant allusion au mal qui frappait les mercenaires suisses torturés par le souvenir de leur « Heimat » (pays natal) lorsque ces derniers avaient quitté leurs alpages pour servir en France ou en Italie. Cette notion de nostalgie avait alors un aspect strictement médical et le mot nostalgie entra dans le dictionnaire de l'Académie française en 1835 avec la définition suivante : « Maladie causée par un désir violent de retourner dans sa patrie. » Pour Chateaubriand, vers 1840,  il ne s'agissait plus d'une maladie mais d'un regret : « La nostalgie est le regret du pays natal. »  Avec les années, la dimension spatiale de la nostalgie s’est enrichie d’une dimension temporelle. Si la nostalgie du temps est irréversible, celle du lieu serait apriori guérissable. Le philosophe Vladimir Jankélévitch considérait néanmoins -  évoquant la nostagie héroïque d´Ulysse - que le retour vers ses propres terres n’était pas sans mal. Car une fois revenu, Ulysse eut la « nostalgie de la nostalgie », à savoir la nostalgie du voyage et de l’aventure. La nostalgie dans sa notion la plus complexe serait alors ressentie aussi bien à ne pas être chez soi qu’à rentrer chez soi.

 

Mise en valeur et partage de son passé

 Des chercheurs de l’Université américaine du Dakota ont démontré en se basant sur l’étude de 100 personnes âgées de 50 à 70 ans que la nostalgie est excellente pour le moral et la santé en général. Elle boosterait, requinquerait et mettrait en valeur son propre passé. Un moyen de trouver une ressource pour croire en l’avenir, se dire que si quelque chose a bien tourné dans le passé, cela pourrait se reproduire. Penser au passé c’est se rappeler principalement de bons moments liés à divers évènements de notre vie (enfance, mariage, naissance des enfants, premier travail, premier amour, voyages etc.)  La nostalgie a un autre atout : le partage. Par exemple, les grands-parents prennent plaisir à partager leurs souvenirs, à montrer des photos et à raconter des épisodes de leur vie à leurs petits enfants. Autre exemple : se remémorer des souvenirs d’enfance entre frères et soeurs peut dans certains cas contribuer à resserrer des liens – même scénario entre amis de longue date. La nostalgie serait également bénéfique pour le couple : un homme et une femme mariés depuis longtemps seraient plus soudés en partageant des souvenirs de leur amour. En somme, d’après les chercheurs, l’activation de souvenirs nostalgiques permettrait d’instaurer une humeur positive et de favoriser la créativité.

 

Arts et nostalgie

Selon Jean-Christian Petitfils, écrivain et historien, « La nostalgie se traduit, en art ou en littérature, par une esthétique du regret, une tendance à idéaliser le passé, à soupirer après un mythique âge d'or… ». Force est de constater que le «  c’était mieux avant » revient souvent dans les conversations et que dans les domaines artistiques tels que la musique ou la mode, on aime voyager dans le temps. Ainsi des chanteurs des années 80 sont sur les routes pour une série de concerts, dans les boîtes de nuit on se dandine toujours sur des chansons de Claude François, les anciens groupes comme Indochine ou les Insus (anciennement Téléphone) font leur come back et remplissent salles et stades. Le rétro ou le vintage, un terme utilisé depuis les années 80, désigne dans la mode un vêtement ou un accessoire ancien, datant de l’époque où il a été créé. L’usage tend de plus en plus à qualifier de vintage, des objets modernes conçus pour évoquer ou ressembler à des objets d’époque. Ainsi les constructeurs automobiles recyclent volontiers leurs anciens modèles, exemple :  les designers de la Fiat 500 qui lui ont donné une carrosserie « vintage ».  L’intérêt de la mode vintage réside dans la nostalgie des origines mais aussi dans le besoin d’authenticité.

Le philosophe Gilles Lipovetsky estime que les périodes de crise favorisent la nostalgie du passé, des Trente Glorieuses, soit une période où trouver un emploi était facile, où l’on pouvait acheter facilement une maison. Un passé idéalisé ?

Jean d’Ormesson disait : « Il y a une formule que je récuse tout à fait, c’est : « c’était mieux avant ». Ce n’était pas mieux avant, ça a toujours été difficile. Nous avons connu, grâce à L’Europe, 30, 40, 50 années de paix et quand je pense à ma jeunesse, quand j’avais 10 ans ou 15 ans, c’était bien plus difficile. Il fallait choisir entre Hitler et Staline, ça n’était pas gai ».

 

À votre avis, était-ce vraiment mieux avant ? Que vous suggèrent ces différents aspects de la nostalgie ?

 

 

Photo © Fotolia  - Auteur : Francesco Basile

 

 

Betty_Nelly, 03/15/2018

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