La fille de joie, source d’inspiration infinie

La fille de joie, source d’inspiration infinie

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Critiquées, salies, mais également aimées et admirées, les prostituées et le monde dans lequel elles évoluent ont toujours fasciné et inspiré écrivains ou artistes peintres. Le vocabulaire de la langue française lié aux prostituées est très riche. Peu flatteurs, péjoratifs, argotiques ou plutôt taquins, amusants voire élogieux, nombreux sont les adjectifs qui définissent ces commerçantes de charme. Petit tour d’horizon.

 

Le terme prostituée dans la langue française

Le vocabulaire lié à la prostitution est très riche, en voici une liste loin d’être exhaustive : femmes de mauvaise vie, ribaudes, catins, gaupes, pouffiasses, racoleuses, tapineuses, gourgandines, asphalteuses ou trimardeuses (celles qui accostaient ses clients sur la voie publique). La cocotte, désignait en France, sous le Second Empire et pendant la Belle Époque, une femme qui vivait de services sexuels rémunérés, admirée en même temps que critiquée lorsqu'elle ruinait ses riches amants en dépenses ostentatoires. On l'appelait aussi demi-mondaine, car reçue par une partie de la société mondaine mais aussi courtisane, belle-petite ou hétaïre. Sous la Grèce antique, une hétaire était une femme éduquée et de haut niveau social offrant compagnie et services sexuels, souvent de manière non ponctuelle. On appelait aussi les grandes horizontales les cocottes représentant la couche la plus riche de la société.  D’autres termes viennent se greffer à la liste comme : filles de joie, fleurs de macadam, croqueuses, michetonneuses, ou encore péripatéticiennes. Ce dernier terme est tiré du grec ancien (peripatetikós, littéralement « qui se promène en discutant »). C’est Aristote qui développa l’usage de ce mot. Non pour désigner les femmes aux mœurs légères, mais pour désigner ses propres disciples ! En effet, l’école aristotélicienne fut aussi appelée école péripatéticienne tout simplement parce qu’Aristote et ses disciples avaient l’habitude de philosopher en marchant.

 

Vocabulaire lié à la prostitution parisienne au 18e et 19e siècle

Une abbesse, dans le sens religieux du terme, était la mère supérieure d’un monastère mais dans le cadre de la prostitution, l’abbesse était la mère supérieure de toutes les sœurs prostituées, à savoir, la tenancière d’une maison de passe. Le surnom d’allumeuse vient de l’époque où la capitale était encore éclairée au gaz. Le terme désignait alors les prostituées qui arpentaient les rues aux premières heures de la nuit et qui se trouvaient donc sur le trottoir en même temps que les allumeurs de réverbères. L’expression faire la chandelle désigne une prostituée qui stationnait à un endroit précis, souvent devant un hôtel de passe, pour attendre ses clients. Elle faisait le pied de grue, en « chandelle ». Le terme lorette désignait une femme qui officiait et résidait aux alentours du quartier de Notre-Dame de Lorette. Avant l’apparition des cocottes sous le Second Empire, les lorettes faisaient partie des courtisanes les plus réputées et les mieux loties de la capitale. Une pierreuse était quant à elle considérée comme l’échelon le plus bas de la prostitution, officiant clandestinement, dans les quartiers excentrés et malfamés de la capitale, tels que des carrières ou des terrains vagues. L’expression se retrouver à Saint-Lazare symbolisait non seulement le quartier comme l’un des endroits préférés des prostituées et de leurs clients mais l’expression était aussi utilisée en cas d’arrestation pour racolage. À cette époque, la prison de l’enclos Saint-Lazare abritait des femmes dont une grande majorité étaient des prostituées. On appelait les verseuses les femmes qui officiaient dans les « brasseries à femmes » et entrainaient les clients à boire en simulant des rapports de séduction. Certaines allaient plus loin proposant des relations tarifées.  Enfin, une entôleuse était une prostituée qui volait les clients des autres ou qui détroussait ses propres clients.

 

Les prostituées représentées en peinture et littérature

Dans la rue ou dans les maisons closes, les prostituées ont toujours été une source d'inspiration pour les écrivains et artistes peintres. En voici quelques exemples. En 1526, Holbein, peintre allemand, représentait dans son œuvre Laïs de Corinthe, l’une des plus grandes cocottes de l'Antiquité, célèbre courtisane grecque du Ve siècle av. J.-C. Le célèbre tableau L'Entremetteuse de Vermeer (1656), représentait une scène de prostitution avec la femme la main tendue pour recevoir de l'argent.  En 1863,  l’Olympia de Manet fut peinte d’après la Vénus d’Urbin de Titien, et représentait une femme contemporaine, intégralement nue, une servante à ses côtés lui apportant le bouquet d’un galant… Picasso quant à lui peignit La Buveuse d’absinthe, et Femme assise au fichu, une madone arrachée aux bas-fonds de la prison de Saint-Lazare, avant de peindre en 1907 les Demoiselles d’Avignon, tableau de bordel par excellence, traitant en plus le sujet des maladies vénériennes… Citons encore le tableau La Fête de la patronne (1877) d'Edgar Degas, puis Le Salon de la rue des Moulins (1894), de Toulouse-Lautrec.

En littérature, Émile Zola dressa en 1880 le portrait de Nana, (tome 9 des Rougon-Macquart), une fille de joie qui dévorait les hommes, croquait les héritages, menait une danse diabolique dans le Paris des lettres, de la finance et du plaisir. Alexandre Dumas Fils, écrivait en 1848 le roman La Dame aux camélias exposant la société bourgeoise du 19e siècle qui tolérait qu’un homme puisse entretenir une liaison (souvent ruineuse) avec une courtisane, mais que ne devait en aucun cas s’éprendre d’une de ces demi-mondaine. Maupassant dressa un portrait de la tenancière de la Maison Tellier ainsi : «Elle était grande, charnue, avenante. Son teint, pâli dans l’obscurité de ce logis toujours clos, luisait, comme sous un vernis gras.»

Finissons par une note humoristique avec une citation de Marc Escayrol au sujet de la définition de péripatéticienne : « Professionnelle que l'on paye en liquide et qui vous rembourse en herpès. » A bon entendeur…

 

Qu’évoque pour vous le métier de prostituée ? Connaissez-vous d’autres adjectifs ou expressions les concernant  non cités dans cet article ?  Quels tableaux ou œuvres littéraires connaissez-vous traitant le thème de la prostitution ?

 

Photo © Adobe – Auteur : Ginettigino

Betty_Nelly, 06/18/2020